Il était une fois l’orange, un fruit juteux et parfumé.
Aujourd’hui, elle trône toujours dans nos corbeilles à fruits, mais sous une forme standardisée, souvent insipide et parcourant, dans certains cas, des milliers de kilomètres avant de nous parvenir. Derrière cette mutation se cache l'histoire d’une industrie agroalimentaire axée sur les superprofits et le marketing de masse, au détriment de la qualité, du goût et de notre santé.
En France, pays où l’orange est le troisième fruit le plus consommé après la pomme et la banane, la situation est particulièrement frappante. Alors qu’elle était autrefois synonyme de terroir méditerranéen et de saveurs intenses, l’orange est devenue un produit banal de supermarché, choisi pour son prix bas et son apparence, plutôt que pour ses qualités gustatives ou nutritionnelles. Pourtant, cette évolution n’est pas une fatalité, elle est le résultat de choix économiques et commerciaux qui, année après année, ont progressivement appauvri ce que nous mettons dans nos assiettes. L’orange n’est qu’un exemple, elle illustre les dérives d’un système alimentaire à bout de souffle.
Le manque de politique publique pro-active.(Protéger et promouvoir les productions locales face à la concurrence déloyale des importations massives.)
La non coordination inter-états des règles sur les pesticides.
Les grandes surfaces qui ont progressivement imposé leurs critères aux producteurs.
La course aux prix bas .
Les grandes surfaces et les industriels de l’agroalimentaire ont progressivement imposé leurs critères aux producteurs. Pour figurer en bonne place sur les étals, une orange doit désormais répondre à des normes strictes : un calibre uniforme, une peau lisse et brillante, une absence de pépins, et une résistance à toute épreuve pour supporter de longs transport et plusieurs semaines de stockage. Résultat, les variétés traditionnelles, souvent plus fragiles mais bien plus savoureuses, ont été délaissées au profit de cultivars (une variété de plante obtenue en culture, généralement par sélection ) standardisés comme la Navel ou la Valencia, sélectionnés pour leur productivité et leur aptitude à voyager.
"On nous demande des oranges qui tiennent trois semaines en rayon, pas des oranges qui éblouissent par leur arôme", confie un producteur espagnol interrogé par Le Monde en 2018. Une phrase qui résume à elle seule la dérive d’un système où le goût n’est plus qu’un critère secondaire, voire accessoire.
Face à cette concurrence, les agriculteurs français, incapables de rivaliser avec les géants espagnols ou marocains, ont progressivement jeté l’éponge. "Comment voulez-vous (par exemple et toute proportion gardée) que je vende mes oranges 2 € le kilo quand le supermarché d’à côté en propose à 1 € ?", s’interroge un producteur corse. La réponse est sans appel : en l’absence de politiques publiques fortes pour protéger les circuits courts et les productions locales, les variétés traditionnelles sont condamnées à disparaître.
"Une orange qui a voyagé quelques milliers de km avant d’arriver dans votre assiette n’a plus grand-chose à voir avec celle que vous auriez cueillie dans un verger", explique un ingénieur agronome. Et de fait, les analyses le confirment : après plusieurs semaines de stockage, une orange perd jusqu’à 30 % de sa teneur en vitamine C, sans parler des résidus de pesticides qui peuvent subsister malgré les lavages.
Ces pesticides ne sont pas sans conséquence pour ceux qui les manipulent. Dans les vergers marocains ou sud-africains, les ouvriers agricoles, souvent mal protégés, sont exposés à des produits toxiques dont les effets à long terme sur la santé sont encore mal évalués.
L'empreinte écologique, autre face sombre de l’orange mondialisée : Une orange importée d’Afrique du Sud parcourt près de 9 000 km avant d’arriver en France, contre 500 km pour une orange corse. Résultat, son bilan carbone est près de six fois plus élevé : 1,2 kg de CO₂ émis pour un kilo d’oranges importées, contre seulement 0,2 kg pour un kilo d’oranges locales, selon les calculs de l’ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie).
Pour conserver les fruits pendant le transport, les exportateurs ont recours à des techniques énergivores comme la réfrigération ou les atmosphères contrôlées, qui consomment énormément d’électricité. Sans compter les emballages plastiques, omniprésents pour "protéger" les fruits pendant leur long voyage.
Du "frais et naturel" ?
Malgré ces réalités, les rayons de nos supermarchés regorgent d’oranges qui entretiennent l’illusion d’un produit sain et authentique. Pourtant, derrière cette façade se cache une tout autre réalité : des fruits traités, cirés, et parfois récoltés avant maturité puis traiter pour mûrir artificiellement.Les études le confirment : près de 73 % des fruits non bio contiennent des résidus de pesticides (source : ANSES).
"Il ne s’agit pas de diaboliser l’orange importée, mais de rééquilibrer les choses", souligne un économiste spécialisé dans les questions agricoles. Cette phrase est attribuée à l’économiste David Cayla, membre des « Économistes atterrés ». Il est connu pour ses positions en faveur d’un protectionnisme dit « intelligent » et pour sa critique du libre-échange, en mettant l’accent sur la nécessité de rééquilibrer les échanges économiques au profit des producteurs locaux et de l’emploi national. Source: contrepoints.org.
"Consommer moins, mais mieux" (a l'encontre de l'esprit mercantiliste actuel): voici le défi que nous devons relever si nous voulons redonner à notre alimentation le goût, la diversité et le sens qu’elle a perdus.
Alors, la prochaine fois que vous éplucherez une orange, posez-vous la question : d’où vient-elle ? Comment a-t-elle été produite ? Et surtout… a-t-elle encore un goût ? (Pour mieux y répondre gouter une orange bio)
Citation: "Le supermarché nous a appris à acheter avec les yeux, pas avec le palais." (Claude Fischler, sociologue).
Sources et références
• Données : INSEE, FAO, ADEME, ANSES, Statista.
• Ouvrages : Le Monde selon Monsanto (Marie-Monique Robin), Faut-il être végétarien pour sauver la planète ? (Marc Dufumier).
• Documentaires : Demain (Cyril Dion), Food, Inc. (Robert Kenner).
Aujourd’hui, elle trône toujours dans nos corbeilles à fruits, mais sous une forme standardisée, souvent insipide et parcourant, dans certains cas, des milliers de kilomètres avant de nous parvenir. Derrière cette mutation se cache l'histoire d’une industrie agroalimentaire axée sur les superprofits et le marketing de masse, au détriment de la qualité, du goût et de notre santé.
En France, pays où l’orange est le troisième fruit le plus consommé après la pomme et la banane, la situation est particulièrement frappante. Alors qu’elle était autrefois synonyme de terroir méditerranéen et de saveurs intenses, l’orange est devenue un produit banal de supermarché, choisi pour son prix bas et son apparence, plutôt que pour ses qualités gustatives ou nutritionnelles. Pourtant, cette évolution n’est pas une fatalité, elle est le résultat de choix économiques et commerciaux qui, année après année, ont progressivement appauvri ce que nous mettons dans nos assiettes. L’orange n’est qu’un exemple, elle illustre les dérives d’un système alimentaire à bout de souffle.
Dans le banc des accusés trouvons entre autres
Une mondialisation en roue libre, où la logique du "produire plus, et à moindre profit pour les producteurs" a pris le pas sur le respect des saisons, des terroirs et des consommateurs.Le manque de politique publique pro-active.(Protéger et promouvoir les productions locales face à la concurrence déloyale des importations massives.)
La non coordination inter-états des règles sur les pesticides.
Les grandes surfaces qui ont progressivement imposé leurs critères aux producteurs.
La course aux prix bas .
Quand le goût s’efface devant les chiffres
Il fut un temps où les oranges françaises, cultivées en Corse et sur le pourtour méditerranéen, réputées pour leur parfum et leur haute qualité étaient accessibles, aujourd’hui, ces variétés locales ne représentent plus qu’une infime partie du marché. En 2020, la France n’a produit que 5 100 tonnes d’oranges, une quantité dérisoire comparée aux 506 000 tonnes importées la même année, principalement en provenance d’Espagne, du Maroc et d’Afrique du Sud. Cette bascule vers l’importation massive n’est pas un hasard : elle est le fruit d’une stratégie économique où la rentabilité prime sur la qualité.Les grandes surfaces et les industriels de l’agroalimentaire ont progressivement imposé leurs critères aux producteurs. Pour figurer en bonne place sur les étals, une orange doit désormais répondre à des normes strictes : un calibre uniforme, une peau lisse et brillante, une absence de pépins, et une résistance à toute épreuve pour supporter de longs transport et plusieurs semaines de stockage. Résultat, les variétés traditionnelles, souvent plus fragiles mais bien plus savoureuses, ont été délaissées au profit de cultivars (une variété de plante obtenue en culture, généralement par sélection ) standardisés comme la Navel ou la Valencia, sélectionnés pour leur productivité et leur aptitude à voyager.
"On nous demande des oranges qui tiennent trois semaines en rayon, pas des oranges qui éblouissent par leur arôme", confie un producteur espagnol interrogé par Le Monde en 2018. Une phrase qui résume à elle seule la dérive d’un système où le goût n’est plus qu’un critère secondaire, voire accessoire.
La course au prix bas, ou comment tuer la diversité
Autre conséquence de cette mondialisation : la guerre des prix. Pour répondre à la demande des consommateurs, habitués à trouver des oranges à moins de 1,90 à 3,00 € le kilo toute l’année, contre 2,90 à 4,80 € pour des oranges bio et locales. les distributeurs exercent une pression constante sur les fournisseurs. Ceux-ci, à leur tour, doivent réduire leurs coûts de production, quitte à sacrifier la qualité.Face à cette concurrence, les agriculteurs français, incapables de rivaliser avec les géants espagnols ou marocains, ont progressivement jeté l’éponge. "Comment voulez-vous (par exemple et toute proportion gardée) que je vende mes oranges 2 € le kilo quand le supermarché d’à côté en propose à 1 € ?", s’interroge un producteur corse. La réponse est sans appel : en l’absence de politiques publiques fortes pour protéger les circuits courts et les productions locales, les variétés traditionnelles sont condamnées à disparaître.
Un fruit "naturel" devenu ultra-transformé
L’orange, est aujourd’hui l’un des fruits les plus "transformés" qui soient. Pour supporter les longs voyages et conserver leur aspect attirant les oranges importées subissent toute une série de traitements post-récolte : fongicides pour éviter les moisissures, cires alimentaires pour leur donner un aspect brillant, et parfois même des gaz pour retarder leur mûrissement. Autant de procédés qui, s’ils sont autorisés et contrôlés, altèrent inévitablement la qualité du fruit."Une orange qui a voyagé quelques milliers de km avant d’arriver dans votre assiette n’a plus grand-chose à voir avec celle que vous auriez cueillie dans un verger", explique un ingénieur agronome. Et de fait, les analyses le confirment : après plusieurs semaines de stockage, une orange perd jusqu’à 30 % de sa teneur en vitamine C, sans parler des résidus de pesticides qui peuvent subsister malgré les lavages.
Pesticides et résidus, le coût caché de l’orange low-cost (bas prix)
Si l’orange a pu devenir un produit de consommation courante, disponible à prix bas toute l’année, c’est aussi grâce à l’utilisation massive de pesticides. Dans la plus part des pays exportateurs comme le Brésil, l’Afrique du Sud ou les normes environnementales sont souvent moins strictes qu’en Europe. Il en est de même pour l'Espagne: en 2020, des oranges espagnoles ont été rappelées, en France, après la découverte de taux élevés de résidus de pesticides, notamment d’imazalil, un fongicide suspecté d’être un perturbateur endocrinien.Ces pesticides ne sont pas sans conséquence pour ceux qui les manipulent. Dans les vergers marocains ou sud-africains, les ouvriers agricoles, souvent mal protégés, sont exposés à des produits toxiques dont les effets à long terme sur la santé sont encore mal évalués.
L'empreinte écologique, autre face sombre de l’orange mondialisée : Une orange importée d’Afrique du Sud parcourt près de 9 000 km avant d’arriver en France, contre 500 km pour une orange corse. Résultat, son bilan carbone est près de six fois plus élevé : 1,2 kg de CO₂ émis pour un kilo d’oranges importées, contre seulement 0,2 kg pour un kilo d’oranges locales, selon les calculs de l’ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie).
Pour conserver les fruits pendant le transport, les exportateurs ont recours à des techniques énergivores comme la réfrigération ou les atmosphères contrôlées, qui consomment énormément d’électricité. Sans compter les emballages plastiques, omniprésents pour "protéger" les fruits pendant leur long voyage.
Du "frais et naturel" ?
Malgré ces réalités, les rayons de nos supermarchés regorgent d’oranges qui entretiennent l’illusion d’un produit sain et authentique. Pourtant, derrière cette façade se cache une tout autre réalité : des fruits traités, cirés, et parfois récoltés avant maturité puis traiter pour mûrir artificiellement.Les études le confirment : près de 73 % des fruits non bio contiennent des résidus de pesticides (source : ANSES).
Pour reprendre le contrôle favorisons les circuits courts
Face à ce constat alarmant, un regain d’intérêt pour les circuits courts se fait sentir. En France, les AMAP (Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne), les marchés locaux et les drives fermiers ont vu leur fréquentation exploser ces dernières années, avec une hausse de 30 % en cinq ans (source : Réseau AMAP).Réapprendre à consommer de saison
Autre piste pour inverser la tendance : la redécouverte des saisons. Longtemps oubliée, la notion de saisonnalité revient en force, portée par des initiatives comme les calendriers des fruits et légumes de l’ADEME ou des applications comme "Etiquettable", qui permettent de connaître l’origine et la période de récolte des produits. Opter pour Frais, en Saison et Local quand possible.Le rôle clé des politiques publiques
Enfin, pour que ces alternatives deviennent accessibles au plus grand nombre, les pouvoirs publics ont un rôle majeur à jouer. Certaines mesures vont déjà dans ce sens, comme les aides de la PAC (Politique Agricole Commune) pour la conversion bio, ou les subventions aux petits producteurs. Mais il reste encore beaucoup à faire, notamment en matière de fiscalité : taxer les importations hors saison, par exemple, pourrait inciter les consommateurs à se tourner vers les produits locaux."Il ne s’agit pas de diaboliser l’orange importée, mais de rééquilibrer les choses", souligne un économiste spécialisé dans les questions agricoles. Cette phrase est attribuée à l’économiste David Cayla, membre des « Économistes atterrés ». Il est connu pour ses positions en faveur d’un protectionnisme dit « intelligent » et pour sa critique du libre-échange, en mettant l’accent sur la nécessité de rééquilibrer les échanges économiques au profit des producteurs locaux et de l’emploi national. Source: contrepoints.org.
Est il possible de redonner ses lettres de noblesse à l’orange ?
L’histoire de l’orange, de sa production à sa consommation, est celle d’un fruit qui a perdu son âme au fil des décennies."Consommer moins, mais mieux" (a l'encontre de l'esprit mercantiliste actuel): voici le défi que nous devons relever si nous voulons redonner à notre alimentation le goût, la diversité et le sens qu’elle a perdus.
Alors, la prochaine fois que vous éplucherez une orange, posez-vous la question : d’où vient-elle ? Comment a-t-elle été produite ? Et surtout… a-t-elle encore un goût ? (Pour mieux y répondre gouter une orange bio)
Citation: "Le supermarché nous a appris à acheter avec les yeux, pas avec le palais." (Claude Fischler, sociologue).
Sources et références
• Données : INSEE, FAO, ADEME, ANSES, Statista.
• Ouvrages : Le Monde selon Monsanto (Marie-Monique Robin), Faut-il être végétarien pour sauver la planète ? (Marc Dufumier).
• Documentaires : Demain (Cyril Dion), Food, Inc. (Robert Kenner).
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