Toquata

Toquata, l'actualité culinaire commentée par Chef Paul.

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Produire sans pesticides impose de repenser notre agriculture.

Alors que l'Union européenne s'est fixé pour objectif de réduire de 50 % l'utilisation des pesticides d'ici 2030, la France vient d'adopter une loi autorisant, sous certaines conditions strictes et pour une durée limitée, des dérogations concernant plusieurs substances destinées à protéger certaines cultures agricoles. Ces décisions visent à préserver la compétitivité de filières confrontées à une forte concurrence européenne, mais elles ravivent également le débat sur l'avenir des produits phytosanitaires.

Dans le même temps, des chercheurs de l'Inrae et du Cirad, cités par Sciences et Avenir, présentent les résultats de plusieurs années d'expérimentations montrant qu'il est possible de produire autant tout en réduisant fortement, voire en supprimant, l'usage des pesticides, à condition de transformer profondément les pratiques agricoles.

Entre contraintes économiques, impératifs environnementaux et avancées scientifiques, une question se dessine : sommes-nous prêts à repenser notre manière de produire notre alimentation ?
Source : Sciences et Avenir 09/07/2026 — Loïc Chauveau
Le regard du chef

La réautorisation temporaire de certains pesticides rappelle que l'agriculture doit arbitrer entre des objectifs difficiles à concilier : protéger les récoltes, assurer un revenu aux producteurs, rester compétitive face aux autres pays européens tout en poursuivant la transition vers des pratiques plus respectueuses de l'environnement.

Dans le même temps, les travaux de recherche montrent qu'une autre voie est envisageable. Diversifier les cultures, allonger les rotations, développer le biocontrôle ou favoriser la biodiversité permettent d'obtenir des résultats encourageants.
Mais ces changements ne consistent pas simplement à remplacer un produit chimique par un autre : ils impliquent de revoir l'organisation des exploitations, les méthodes de culture et possiblement les équipements agricoles.

La question dépasse donc largement celle des pesticides. Elle interroge notre capacité collective à accompagner cette transformation. Les agriculteurs ne pourront pas porter seuls cette évolution (sans même parler des contraintes économiques).
La question concerne également les chercheurs, les fabricants de matériels, les distributeurs, les consommateurs et ceux qui offrent des plats composés de ces ingrédients. Ces nouvelles pratiques : modifieront-elles aussi les qualités culinaires des produits (très possiblement dans la bonne direction) ?

Les dérogations votées aujourd'hui répondent à une urgence économique.

Les recherches menées par l'Inrae et le Cirad préparent peut-être l'agriculture de demain. Le véritable défi n’est pas de choisir entre interdire ou autoriser certains pesticides, mais de réussir la transition vers des pratiques capables de protéger à la fois les récoltes, les agriculteurs, la biodiversité et la qualité de ce que nous mettons dans nos assiettes.

Les recherches montrent qu'une autre agriculture est possible. Sommes-nous prêts à lui donner les moyens d'exister ?